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Henri LACROIX : "L'envie est toujours là !"

2La saison 2022 est plutôt inhabituelle pour Henri Lacroix puisqu’elle a commencé par une désillusion lors des Championnats du monde Individuel et Doublette en mai dernier au Danemark. Peu habitué aux défaites, le tridecuple champion du monde vient toutefois de remporter un vingt et unième titre de champion de France, aux côtés de Dylan Rocher et Stéphane Robineau. De quoi repartir du bon pied. Entretien avec Henri Lacroix.

 

 

 

Comment avez-vous abordé ce Championnat de France Triplette Seniors à Bergerac, étant donné que la saison n’avait pas débuté au mieux ?

Nous étions ensemble dans la semaine précédente avec Dylan et Roby. Nous avons parlé tranquillement de la situation. Nous savions que ce serait compliqué. Donc on voulait juste prendre du plaisir. Bien sûr on fait partie des favoris et le public s’attend à ce qu’on bataille pour la victoire. Mais nous on voulait y aller doucement. Dédramatiser. Et on a très bien géré ça. C’est un des avantages d’avoir mon expérience, je sais gérer un championnat. Il faut être calme, patient. On est trois dans la même barque, et chacun doit aider les autres.

CHAMPIONS

Finalement vous avez remporté ce titre sans connaitre de grosses frayeurs, sans être trop en danger ?

Oui mais justement parce qu’on est resté calme. La sortie de poule se présentait mal. Nous étions 0 – 7. Mais nous avons gardé la tête froide, malgré les 40 degrés (rires). Après nos adversaires en demi-finale ont très bien joué aussi. D’ailleurs je les félicite. Nous avons mené un jeu en assurant le plus possible. En saisissant les occasions. Ce n’était pas forcément flamboyant mais dans un Championnat de France c’est le résultat qui compte. La manière… Disons qu’on fait avec la forme du moment.

Justement vous avez parlé après la finale d’une baisse de forme. Est-ce que vous l’identifiez précisément ?

Je crois tout simplement que dans la carrière d’un sportif de haut-niveau c’est inévitable. Le public nous voit comme des robots, des machines. Et bien il a la preuve que nous sommes humains. Dans tous les sports c’est la même chose. Les années passent pour tout le monde. Même pour les plus grands. Moi j’ai toujours la même envie de gagner. La motivation est là. J’ai la passion du jeu. Mais à un moment il n’est plus possible de monter plus haut. On ne peut que descendre. Le tout est de savoir gérer cela. Que la descente soit la plus lente possible.

Moi j’assume toujours mes responsabilités. Nous n’avons pas ramené de médailles du Danemark (lors des derniers championnats du monde). Nous n’avons pas mérité d’en ramener. En tête-à-tête, je n‘ai pas joué les bonnes boules comme je sais le faire d’habitude. Et en doublette, Dylan a lui aussi connu une baisse de régime. Ça arrive. Je ne suis pas sélectionneur. Je ne demande rien. Quand on me fait confiance je donne tout ce que j’ai en moi. Voilà. Dylan est plus jeune. Il n’a pas à prouver qu’il est incontournable.

Henri boule

Est-ce que cette mésaventure vous amène à vous poser des questions sur votre avenir en équipe de France ?

Mais bien sûr. Nos titres ne sont pas des passeports à vie pour l’équipe de France. J’en suis parfaitement conscient. Il faudra bien laisser la place un jour. Ce n’est absolument pas un tabou pour moi. Philippe Quintais a très bien fait les choses de son côté. Si je n’étais plus sélectionné à l’avenir je l’accepterais sans problème. Mais j’espère pouvoir apporter encore un peu à mon pays. Connaitre encore quelques moments de joie avec le maillot de l’équipe de France. Et puis transmettre à la jeune génération comme je l’ai fait récemment dans certains concours.

La vraie question elle est pour les sélectionneurs : est ce que les joueurs qui sont en phase montante peuvent faire aussi bien que ceux qui sont dans la phase descendante dont je parlais tout à l’heure. Le jour où les courbes se croisent, il n’y a plus de débat. Moi je n’ai pas à donner mon avis. J’ai juste à montrer ma motivation.

Est-ce que vous considérez que votre victoire à Bergerac est une réponse aux critiques qui ont suivi le Danemark ?

Pas du tout. Les critiques sont inévitables. On ne peut pas être en équipe de France et faire l’unanimité. Il n’y a que Philippe Quintais qui a réussi cela. Mais lui c’est le roi de la discipline. Moi j’ai la chance de ne pas être affecté par les critiques. Je ne suis pas accroc aux réseaux sociaux. Et je recommande à tous les jeunes de savoir s’en détacher.

Ce titre à Bergerac était le vingt et unième dans les Championnats de France. Vous êtes le recordman. Est-ce que le jeune Henri Lacroix de 2001, année de votre révélation au niveau national et international, aurait pu imaginer cela ?

Jamais de la vie. Tout le monde sait que je viens d’un milieu modeste. Pour nous jouer à la pétanque c’est naturel. Mon père y jouait. J’ai fait comme lui. Sans jamais me poser de question. Vous vous doutez bien que là d’où je viens, on ne fait pas de plan de carrière.

Je n’attache pas particulièrement d’importance aux records. Obtenir le titre sur le moment ça c’est important. Mais je ne me dis pas que ce sera le vingtième, le vingt et unième… C’est l’instant présent qui compte pour moi. Les émotions que ça procure, l’adrénaline de la victoire.

Par contre ce chiffre 21 représente beaucoup pour moi. Mon père est né un 21 novembre, jour de notre victoire à Santa Susanna (lors des championnats du monde triplette 2021). Et j’ai obtenu ce vingt et unième titre à Bergerac le jour de la fête des pères. Je joue pour lui depuis toujours. Je l’ai perdu avant que ne débute ma carrière internationale, il ne m’a pas vu porter un maillot tricolore ou arc-en-ciel, c’est un immense regret pour moi. Et c’est lui qui me donne la force que j’ai en moi.

Vous savez, beaucoup de joueurs mériteraient d’être champions de France. Mais c’est tellement dur ! Il y a tellement de paramètres à réunir. Donc je sais que j’ai énormément de chance. Le seul qui m’avait annoncé un destin pareil c’est Max Oddoux, avec qui j’ai gagné ma première Marseillaise en 2001. Il m'avait dit tu seras 10 fois champion du monde et 20 fois champion de France. Moi ça me faisait rire. Il avait sans doute décelé quelque chose en moi. Mais je n’y suis pas arrivé seul. Je quitte une grande équipe. Et j’en ai connu d’autres avant notamment avec les deux Philippe.

D’ailleurs je veux vraiment remercier Stéphane et Dylan. Stéphane parce que pendant ces années il a été capable d’être exigeant avec nous. Certains n’oseraient pas nous bousculer quand ça va mal. Lui l’a fait et il avait raison. Et puis je lui tire mon chapeau pour son week-end à Bergerac. Dylan a eu des mots très gentils pour moi après notre victoire et ça m’a vraiment touché. Aujourd’hui il est le numéro 1, c’est lui qui attire tous les regards, c’est lui qui a la plus grosse pression. Il faut se rendre compte de ce que c’est à vivre ! J’ai toujours pris beaucoup de plaisir à jouer avec lui, qu’on gagne ou qu’on perde. C’est un très grand de la pétanque !

Les 2

Pouvez-vous nous dire un mot de votre prochain club et de votre prochain challenge ?

Je quitte Fréjus pour La Crau. C’est la ville pour qui je travaille. J’ai des liens amicaux avec le Maire, Monsieur Christian Simon, qui m’a demandé de signer dans le club local. Le projet sportif court sur 3 ans. Ligan Doerr va me rejoindre et nous ferons équipe avec Laurent Matraglia l’année prochaine. Si le club souhaite prétendre à la Coupe de France, il faudra bien sûr faire venir d’autres recrues.

J’en profite pour redire ma reconnaissance à Fréjus, à Jean Casale. J’ai passé des moments formidables au sein de ce club.

Joie

Pour finir parlons de votre caractère. Vous n’êtes pas réputé pour mâcher vos mots. Est-ce que vous vous considérez à part dans ce milieu ?

A part non. Mais ce n’est pas à moi de le dire. Par contre je sais que je suis incapable de faire semblant. Un joueur de boules croise des centaines d’autres joueurs chaque week-end. Tout le monde s’embrasse. Mais soyons honnêtes ! Tout le monde ne s’aime pas ! Moi quand je n’aime pas je ne triche pas. Si je passe du temps avec des gens, c’est que je les apprécie. Je ne perds pas de temps avec des personnes qui ne m’intéressent pas.

Je suis sans doute un peu plus franc que la moyenne. J’ai toujours détesté l’hypocrisie. Je suis entier. Alors évidemment, ça peut passer pour de la froideur ou de l’arrogance. Peu importe d’ailleurs. Je ne vais pas changer à mon âge.

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